Interview - Mardi soir, 19h

Quels sont les thèmes de votre nouvelle comédie ?

Le rire pour le rire ne sert pas à grand-chose. Ce qui n’a pas de fond présente peu d’intérêt. On rit d’autant plus si l’aventure humaine s’ancre dans des situations réelles et des sentiments authentiques. Les douleurs, les doutes et les erreurs constituent à mes yeux un excellent terreau pour semer les graines d’une réjouissante fable. On parle de comédie, mais il est tout de même question d’une jeune femme déçue par sa vie !

À travers cette histoire, je souhaitais aborder le décalage que l’on ressent tous entre ce que l’on imagine de la vie lorsqu’on est jeune et ce qu’elle se révèle être quand on grandit.

Qu’est devenu l’enfant que nous étions ? Où sont passés nos rêves, nos espoirs, nos idéalismes ? Des réponses à ces questions dépend souvent notre aptitude à construire le bonheur.

Chacun de mes romans naît d’un sentiment qui me touche. L’étincelle de celui-ci a été l’impression que l’on ressent tous un jour de ne plus avancer, d’avoir une vie qui stagne. Même ceux qui n’affrontent pas de catastrophes particulières peuvent perdre foi en la vie. L’usure du quotidien, les petites déceptions qui se multiplient, le temps qui passe, privé d’accomplissement… Sans être des traumas spectaculaires, ces facteurs n’en sont pas moins destructeurs. Il faut d’autant plus s’en méfier qu’on ne les voit pas venir.

Pourquoi vous glisser dans la peau d’une femme pour raconter cette histoire ?

Une fois choisi le sentiment dont je souhaite parler, je cherche le meilleur personnage pour le faire résonner. Si les humains étaient des instruments de musique, à mon humble avis, les femmes composeraient les deux tiers de l’orchestre. Elles jouent dans tellement de gammes, de tellement de façons ! J’aime écouter la mélodie des sentiments qu’elles interprètent. J’ai modestement envie de composer autour de cela. Je n’ai pas attendu les courants sociaux récents et malheureusement souvent superficiels pour m’intéresser à celles sans qui notre monde serait bien ennuyeux. Pour cette histoire de doutes, d’amour, d’amitié, de découverte, avec beaucoup de malice et d’espoir, il me fallait un personnage féminin.

Comment un homme parvient-il à se glisser aussi bien dans un personnage féminin ?

Je suis toujours touché et honoré lorsque les femmes se retrouvent dans ma façon de dépeindre leurs sentiments. C’est une remarque que l’on me fait souvent, mais qui me déconcerte toujours autant, parce qu’elle laisse entendre que pour un homme, comprendre une femme relèverait de l’exploit. Si c’était vrai, ce serait triste, mais heureusement, ça ne l’est pas. Si vous écoutez quelqu’un, vous avez toutes les chances de réussir à le comprendre. Être un homme ou une femme n’y change rien. La clé réside dans l’attention que l’on porte aux autres. D’autant que les femmes donnent les réponses : elles n’ont le plus souvent aucun mal à expliquer ce qu’elles éprouvent.

Pour le reste, même si on l’oublie souvent dans une littérature de plus en plus nombriliste, le métier d’un auteur consiste aussi à se glisser dans la peau de personnages qu’il n’est pas. Personne ne demande à mes valeureux collègues qui écrivent des polars par quel miracle ils réussissent à se glisser dans la peau de tueurs psychopathes… Pour ma part, je préfère de loin chercher à comprendre les femmes !

Votre héroïne est infirmière, est-ce important pour vous ?

Ceux qui soignent leurs semblables ont toujours été très présents dans mes romans. Déjà dans mon premier thriller, j’écrivais que ces femmes et ces hommes sauvent l’honneur de notre espèce. Ce qui les rend essentiels à mes yeux, au-delà de leur profession, c’est l’esprit qui les pousse à choisir leur domaine d’activité et à le pratiquer en dépit des conditions souvent difficiles.

Ce n’est pas tant le métier d’infirmière qui m’intéressait pour mon personnage, que ce que cette jeune femme vit au contact de ses patients. Elle y trouve un recul, une variété de rencontres et une ouverture rare. Elle ne choisit pas ceux dont elle doit prendre soin. Quand on y réfléchit, ce simple fait change tout.

Les gens qui soignent ne sont pas là pour le salaire. Ils vivent leur état d’esprit. Il est essentiel de le comprendre pour les aider et les valoriser. Nous avons vraiment besoin d’eux. On ne devient pas soignant par ambition, mais par nature. Ces femmes et ces hommes incarnent sans doute la plus noble définition d’une vocation.

J’ai souvent été amené à fréquenter les hôpitaux, le plus souvent pour accompagner des proches. Même dans ces circonstances, j’ai toujours énormément observé les gens autour de moi. J’en ai tiré une sorte de « culture hospitalière ». Mais ce n’était pas suffisant. Pour ce roman, j’ai également passé du temps en immersion dans un service de chirurgie orthopédique. Je ne cherchais pas des anecdotes, mais la vérité des gestes, des êtres, dans leurs forces et leurs fragilités. J’étais là en témoin. Ces femmes, ces hommes, j’ai eu le temps de les observer, jusqu’à ce qu’ils oublient que je me trouvais là. C’est alors que mon approche prenait tout son sens. Capter des attitudes qui racontent, des intonations de voix, des procédures standardisées teintées de personnalités réelles. On trouve souvent chez les soignants des êtres de grande empathie, qui savent raisonner au-delà de leurs propres intérêts. Cela me parle.

Les rapports hommes-femmes sont très présents dans votre intrigue. Pourquoi une place aussi centrale ?

Parce qu’elle est centrale dans la vie ! On naît seul, on meurt seul, mais entre les deux, on passe notre temps à former des alliances, des couples, des tandems. Cette envie, cet élan motive la presque totalité de nos actes. En prendre conscience est une véritable révélation. Peu importe le couple que vous formez – cela ne regarde que vous – mais le principe de l’association affective est universel et vital. Trouver celle ou celui avec qui courir constitue souvent l’aventure d’une vie.

Aujourd’hui, sous prétexte de contacts faciles, de réseaux soi-disant sociaux, il est de plus en plus difficile de nouer de vrais liens. Parce qu’aucun cœur ne se contentera jamais d’échanges superficiels très longtemps.

En se confrontant à différents hommes, mon héroïne se retrouve face à ses propres choix. Tout son parcours consiste à affirmer ses goûts et ses envies personnelles face à ce que la société impose. En présence de réactifs affectifs variés, elle va devoir découvrir ce qu’elle veut et qui elle est vraiment.

Que représente l’humour pour vous ?

L’humour est l’oxygène de l’esprit. La bouée de sauvetage qui sauve de tous les naufrages. En tant qu’auteur, on m’a pris pour le type qui a écrit un roman qui a marché et que l’on ne reverra pas, puis le type avec des chats sur les couvertures, le type qui écrit dans la peau d’une femme, le type qui fait rire. On passe notre vie à se voir coller des étiquettes, et ce n’est pas si grave. Celles et ceux qui me lisent savent qui je suis. Pour moi, l’humour est d’abord le meilleur moyen d’aborder des thèmes sérieux de façon plus légère. On a moins peur quand on rit. C’est aussi une façon d’être dans ma vie. J’aime rire, et beaucoup de ce que l’on prend trop souvent au sérieux me rend hilare.

Plus sérieusement je suis convaincu que l’humour est la forme la plus chaleureuse de l’intelligence. Celui qui cherche à vous faire rire, vous aime toujours un peu. Je préfère de loin les clowns aux donneurs de leçons.

Dans un secteur où beaucoup font des suites, vous alternez les genres, avec chaque fois des personnages différents. Pourquoi cette variété ?

Je suis convaincu que les émotions ou les émerveillements fabriqués industriellement ne valent pas grand-chose. Le cinéma me l’a enseigné. La littérature l’explicite de façon encore plus aigüe. À mon sens, un auteur doit d’abord être une nature. Sinon, n’importe quelle série télévisée fait très bien le job. La survie de la littérature se joue sur la sincérité, sur une profondeur, sur d’authentiques personnalités mises au service des sentiments. La notion de série ou de produits identifiés ne correspond qu’à une logique industrielle qui vise à vendre plus vite. C’est l’antithèse de la création et de la révélation. Les deux modes de création –industriel et artisanal – doivent bien entendu cohabiter. Mais pour ma part, je me sens plus proche du bio élevé en parcours libre. Pourquoi faudrait-il toujours refaire la même chose ? Personne ne s’habille de la même façon tous les jours. Personne n’avale le même menu à chaque repas.

Mes romans ont cependant un point commun essentiel : ils présentent chaque fois des individus qui, pour avancer ou pour survivre, doivent apprendre quelque chose du monde et d’eux-mêmes.

Dans une vie, mettre un genou à terre n’est jamais original. D’une façon ou d’une autre, nous tombons tous un jour. C’est la façon dont on se relève qui dit qui nous sommes vraiment. Lorsque nous sommes fragiles, vulnérables, nus. Les êtres deviennent alors passionnants.

Vous avez la réputation d’entretenir des liens très forts avec vos lecteurs. Quelle place ont-ils dans votre vie ?

J’écris pour émouvoir et pour divertir. En distrayant les gens, j’espère toujours les ramener à ce qu’ils sont au plus profond d’eux-mêmes. Le public m’a offert le succès et une émouvante popularité. Dans ma vie comme dans mon travail, je suis quelqu’un de reconnaissant. Lectrices et lecteurs m’ont fait cadeau de la liberté, je leur dois l’intégrité. N’écrivant que ce qui me ressemble, sans postures ni faux-semblants, j’ai la grande chance de bien m’entendre avec celles et ceux qui apprécient mes histoires, puisque quelque part, nous réagissons aux mêmes émotions. Leur fidélité me touche. Être proche d’eux n’est pas un effort.

Durant la pandémie, vous avez trouvé une façon originale de rester en contact avec votre public…

Les rencontres n’étant pas possibles, j’ai proposé à celles et ceux qui en avaient envie de m’envoyer leur numéro de téléphone sur une adresse e-mail dédiée. Chaque jour, pendant des mois, j’ai pioché au hasard dans les milliers de numéros accumulés, et je débarquais dans la vie des gens qui m’en laissaient la possibilité. À chaque fois de vraies rencontres, des échanges réels et forts. On ne parlait pas trop de mes livres, mais de la vie, de ce qui compte. J’ai adoré ! Et bien qu’à un rythme moins soutenu, je continue. Échanger sans détour sur les expériences, les points de vue et les approches est une fabuleuse source d’enrichissement humain.

Qu’espérez-vous apporter au public avec cette nouvelle histoire ?

J’aime à définir mes romans comme des fables, des histoires d’apparence légère lancées comme des ponts entre notre imaginaire et ce que nous sommes. J’aime qu’en parcourant mes pages, les gens se posent des questions sur eux-mêmes, sur leur vie, sur ce qu’ils apprécient ou ce qu’ils détestent. J’écris avec l’espoir de trouver un écho dans ces cœurs immenses. Une note dans le silence. Nous parlions d’orchestre tout à l’heure…