Pourquoi mettez-vous des chats sur vos couvertures ?

Tout a commencé avec Demain j’arrête !. Mon éditeur m’avait d’abord proposé une couverture dessinée, avec des filles trop maigres à la limite de la caricature, façon chick-lit, mais je n’ai pas voulu. Le livre n’est pas de ce genre-là et je trouve l’image des femmes véhiculée par ces dessins irrespectueuse de ce qu’elles sont vraiment.

Ils m’ont ensuite proposé diverses mises en scène avec une jeune fille – certes jolie – mais pour moi, on ne devait pas représenter Julie. Il fallait laisser l’imaginaire de chaque lectrice, de chaque lecteur, s’en construire sa propre image. Alors j’ai proposé le chat avec le bonnet péruvien. Cela avait du sens par rapport à l’histoire parce que l’on comprend l’image à quelques pages de la fin du roman. Et puis je me suis dit qu’avec un fond fluo et cette tête de chat-là, même si les gens n’achetaient pas le livre, au moins, cela les ferait sourire !

La couverture a tout de suite fonctionné et a constitué une indéniable étincelle. L’image de ce chat au bonnet péruvien étant devenue rapidement bien plus connue que mon nom, j’ai décidé d’en faire ma marque de fabrique pour quelques livres. En principe, Ça peut pas rater ! est le dernier roman avec un chat en couverture. Je ne veux pas tirer sur la corde à l’excès. Ces magnifiques félins m’ont porté chance, et j’espère que les gens continueront à me suivre pour le contenu des livres au-delà de leur couverture !

Comment faites-vous pour vous glisser si bien dans la peau d’une femme ?

J’ai tout entendu – que c’était ma femme qui écrivait, que j’étais un transsexuel… On a pris des vraies crises de fou rire ! On l’oublie souvent – particulièrement dans notre littérature nationale extrêmement nombriliste – mais le travail d’un auteur consiste d’abord à se glisser dans la peau de personnages qu’il n’est pas. Flaubert n’était pas Madame Bovary et tous mes valeureux collègues qui écrivent des histoires de tueurs psychopathes n’en sont pas – enfin pas tous !

En tant qu’homme, j’observe les femmes depuis que je suis tout petit. Je les écoute parce qu’elles sont essentielles pour moi et que je veux pouvoir rester proche d’elles. Elles sont comme des arcs-en-ciel qui illuminent nos cieux, changeantes, fugaces. Et à leurs pieds, si on creuse un peu, on a une chance de trouver le seul vrai trésor à découvrir dans cette vie.

À l’école, je n’étais ni parmi les plus grands ni parmi les plus beaux, et lorsque mes potes – bien plus grands et plus beaux que moi – avaient réduit en miettes le cœur des copines, c’est souvent dans mes bras qu’elles venaient pleurer. J’ignorais que cela me servirait plus tard, mais c’est là que j’ai commencé à comprendre ce que les filles ressentent et la façon dont elles fonctionnent. Leur fragilité me touche, leur puissance affective m’impressionne, leur capacité à l’espoir me fascine. Ce monde n’a de valeur que parce qu’elles sont là. Quiconque veut les comprendre n’a qu’à les écouter. C’est, je le crois, une belle façon de les aimer. Le fait que tant de monde soit si surpris qu’un vrai mec puisse « si bien » comprendre les femmes me fait de la peine. Nous devrions tous y parvenir. Ce n’est pas si difficile.

Comment naissent vos histoires ?

Mes histoires naissent toujours d’une émotion forte : une solitude, une envie, une frustration, une révolte... Mes personnages sont tous à un carrefour de leur existence. J’aime ces moments où la vie se décide, où les destins se tracent. Ces instants-là ont la force des fables et chacun peut s’y reconnaître.

Pour les histoires proprement dites, je n’ai pas de recette. Je ne crois pas aux méthodes quand il s’agit d’imaginer. Écrire, c’est comme tomber amoureux. On ne le fait bien que lorsque cela nous prend, nous dépasse et nous emporte. Un individu peut lire tous les livres du monde sur le fait de tomber amoureux, cela ne lui permettra jamais de l’être. C’est une énergie, un élan qui vient de l’intérieur, du plus profond, du plus pur. Tout le reste n’est que posture ou imitation. Celui qui cherche à collectionner ou reproduire artificiellement les grands moments supposés accompagner l’amour ne fera que semblant. Ne pas ressentir pour de vrai est la pire chose qui soit, en amour comme en écriture.

Quels sont vos rituels d’écriture ?

Je n’ai aucun rituel. Pour des raisons pratiques, j’écris très tôt le matin pour être ensuite disponible vis-à-vis de ceux avec qui je fais équipe dans le cinéma ou l’édition. Mais je n’ai pas d’habitude, je ne sacralise pas.

J’ai pensé et ressenti mon histoire pendant des mois, voire des années, et l’écrire n’est que sa concrétisation physique. Tout le travail est fait avant, dès les recherches pour les thrillers, et à travers une longue accumulation de sentiments et de ressentis pour les comédies. Je ne prends aucune note. J’ai tout dans la tête. C’est très organique !

Quelle place pensez-vous avoir dans la littérature ?

Aucune idée, et franchement, ce n’est pas un enjeu pour moi. Chacun me met où il en a envie ! Ce qui compte énormément à mes yeux, c’est la petite place que ceux qui me lisent m’attribuent dans leur cœur ou dans leur vie. En revanche, le jugement de ceux qui n’approchent que pour juger n’est pas vraiment mon problème. Je n’écris pas pour ceux qui jugent, mais pour ceux qui ressentent.

Je me sens proche de ceux qui écrivent pour raconter parce que c’est leur nature. J’espère être un conteur. Je n’écris ni pour prouver, ni pour me soigner aux frais des lecteurs.

En littérature comme dans tous les arts, il existe des monuments pompeux dans lesquels on nous oblige à entrer dès l’école, et il en existe d’autres dans lesquels les gens se rendent sans y être obligés, par plaisir, depuis des générations. Ils y reviennent même en emmenant leurs proches ! Je crois à la prescription affective. Je crois à cette étincelle dans l’œil lorsque quelqu’un – un proche, un libraire – vous tend un livre en disant : « Lis ça, j’ai adoré ! ». Cet échange-là est magique. Ma grand-mère m’a fait découvrir Le comte de Monte Cristo, mon père m’a révélé Jules Verne, des enseignants passionnés ont su nous faire partager Racine et Molière. Cette transmission humaine pèsera toujours plus que n’importe quelle voix « officielle » qui ne travaille souvent que pour elle-même. Les seuls vrais monuments sont ceux que les gens et le temps consacrent.

Peu importe ma place dans la littérature. Le fait de ne pas être un monument ne me pose aucun problème. Je préfère être une cabane au fond des bois dans laquelle les gens viennent se blottir chaque fois qu’ils en ont envie.

On vous a découvert avec des thrillers, vos comédies remportent un énorme succès, vous annoncez des projets dans d’autres registres… Comment réussissez-vous à passer d’un genre à l’autre ?

On ne s’habille pas tous les jours de la même façon. On ne regarde pas toujours le même genre de films. Parfois, on a envie d’un documentaire pointu et à d’autres moments, on a désespérément besoin d’un bon film d’action ! Pourquoi un auteur devrait-il se contenter d’écrire dans un registre s’il est capable d’en aborder plusieurs ? Je me méfie des restaurants qui ne servent qu’un seul plat. Ça sent l’industrie. Je préfère les établissements où l’on travaille avec des produits frais, variés, suivant une inspiration sincère. Pour ma part, je ne prémédite pas les genres dans lesquels j’écris. J’ai simplement envie de raconter. Les petites cases dans lesquelles on aime bien nous ranger ne me gênent pas. Les lecteurs font la différence. Je vais aborder encore d’autres genres, j’espère surprendre et distraire ceux qui me font confiance.

Le succès a-t-il changé votre vie ?

La notion de succès est très aléatoire… Je travaille dans le cinéma depuis trente ans. J’ai commencé jeune et j’ai été le témoin de vrais succès, de triomphes planétaires, de notoriétés mondiales déchaînant l’hystérie et suscitant l’admiration. Je sais ce qu’est le succès pour en être régulièrement le témoin. Ce n’est pas simple à gérer. Cela peut résoudre quelques problèmes mais en génère aussi beaucoup d’autres. Je ne suis pas concerné. Il faut rester réaliste. Ce que je vis n’est pas un succès tel que le bon sens devrait l’entendre. Un « succès » en littérature n’est impressionnant que dans le petit milieu de la littérature. Partout ailleurs, nous sommes tout petits et c’est très bien comme ça.

Quel rapport entretenez-vous avec les chats ?

Je les trouve magnifiques, intrigants… et drôles. Je les préfère encore lorsque, si beaux, si maîtres d’eux, ils perdent le contrôle. Quel bonheur d’en voir un se faire peur tout seul ou louper le canapé sur lequel il voulait sauter ! Ce sont aussi les seuls animaux qui partagent l’intimité des humains tout en gardant un vrai regard sur eux. Le chien nous suit aveuglément, mais le chat semble régulièrement nous juger, voire nous mépriser ! Les chats sont de fabuleux personnages de comédie et ils constituent aussi un miroir de nos propres doutes. Je vais vous confier un secret : même si j’ai grandi avec, je n’ai pas de chat. J’ai un chien ! Il s’appelle Rambo.

Quels conseils donneriez-vous à ceux qui veulent écrire ?

Qui serais-je pour donner des conseils ? Il n’existe aucune recette. Je peux au moins offrir une observation étayée sur des années : je crois qu’il existe une condition absolument nécessaire pour écrire : il faut ressentir quelque chose sincèrement et avoir envie de le partager. Si ce n’est pas le cas, cela donnera un travail peut-être honorable, mais vain. Tout ce qui compte dans nos vies, ce sont les émotions. Le reste n’a aucune importance.

Découvrez le clip pétillant que les Tchèques ont réalisé pour « Demain j’arrête ! », qui vient de sortir chez eux !

 

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